Pour faire face aux périodes plus sèches l’été et aux hivers plus humides, Denis Buan, éleveur laitier en Ille-et-Vilaine, a testé la luzerne, le sorgho, le blé noir mais aussi le semis sous couvert. Avec les agriculteurs de son groupe Ceta, il expérimente et échange sur les adaptations possibles aux évolutions du climat.

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Installé depuis 1997 sur le secteur de Combourg, au nord de l’Ille-et-Vilaine, Denis Buan est éleveur laitier. Les changements du climat, il les a bien notés, surtout depuis cinq ans : « on a beaucoup plus de périodes de fortes pluies et des périodes de sécheresse ». Si une partie de ses terres est profonde et de bonne qualité, il a aussi toute une zone de terres séchantes. Aussi « nourrir mes vaches avec 100 % de maïs dans mes terres séchantes, ce n’est plus possible. J’ai voulu chercher d’autres voies pour sécuriser mon système ».

Depuis 15 ans, il implante donc de la luzerne : « ça pousse tout le temps, même l’été et avec de très faibles variations de rendements contrairement au maïs ». « Cette année, je vais sûrement faire 15 t en maïs dans mes terres séchantes mais ça peut descendre à 8, 9 ou 10 t selon les années, alors que la luzerne, en année humide j’obtiens 14 t et en année sèche 13 t ». Cette culture lui permet aussi d’être plus autonome et d’apporter de la MAT.

En zones séchantes, le sorgho et la luzerne sont très intéressants pour sécuriser le système et éviter d’être en rupture de fourrage.

Lors du déjeuner débat Les éleveurs parlent aux éleveurs organisé par la FRGeda Bretagne le 16 septembre dernier, Denis est revenu sur cette culture : « Depuis 15 ans, je fais de la luzerne pure. Avec le Ceta35, je me suis engagé dans des essais participatifs. J’ai 7 bandes d’essais avec 4 variétés de luzerne. Faire les essais chez soi, cela permet de les suivre à tous les stades ». Son objectif est de continuer à développer cette culture sur son exploitation pour atteindre 20 % de luzerne dans l’alimentation des vaches.

Déçu par les rendements du sorgho

Autre culture vers laquelle il s’est tourné, le sorgho. En 2019, l’automne très humide l’a empêché de semer son blé. « Je souhaitais avoir un fourrage fibreux pour remplacer la paille et je me suis intéressé au sorgho fourrager multi-coupes ». Il reconnaît que le résultat n’était pas au rendez-vous : le rendement était décevant (7 tonnes) et le sorgho n’a pas apporté la fibre souhaitée. En revanche, c’est un aliment riche en azote et donc très intéressant en termes de résultats techniques sur les génisses. « Le gros souci reste le rendement, c’est une plante qui ne me satisfait pas de ce côté-là. Je voulais arrêter mais je vais continuer un petit peu et pourquoi pas aller vers le pâturage du sorgho, maintenant que je maîtrise un peu plus la culture et son désherbage… »

Tester, trouver de nouvelles variétés, échanger au sein du Ceta,… voilà la façon de procéder de Denis. Pas question pour lui d’arrêter les cultures « classiques » du maïs et du blé mais il teste, sur des petites surfaces, des cultures permettant de s’adapter au climat. « Implanter des cultures de printemps, comme le sorgho ou le blé noir, c’est intéressant, puisque de mai à juin, c’est plus facile de travailler dans les champs »

Il y a cinq ans, il s’est ainsi lancé dans le blé noir sur cinq hectares. « Sur mes terres qui peuvent être très humides l’hiver, pas facile de faire des céréales. Avec une culture de printemps comme le blé noir, je valorise ces mauvaises parcelles. J’obtiens de très bons résultats avec peu de coûts, une marge de 1 000 à 1 100 euros à l’hectare avec des terres à très faible potentiel. » Et auprès du grand public, cette culture qui ne nécessite pas de produit phytosanitaire, a une très bonne image.

Optimiser le pâturage

Au niveau du pâturage, pas de changement majeur. « J’essaie seulement d’optimiser un maximum. Je me suis inspiré de collègues en pâturage tournant dynamique. J’ai des paddocks d’un jour, mais je ne suis qu’à 15 ares de pâturage par vache. Je ne suis pas vraiment un expert », plaisante-t-il. Et concernant les variétés pour l’herbe pâturée, il est resté sur les classiques ray-grass/ trèfle.

Pour la partie en fauche, il a testé le semis sous couvert cette année sur des terrains très mouillants, avec du sorgho, de la fétuque et du RGH. Il est plutôt satisfait : « Les deux premières coupes de sorgho ont été très correctes en résultats et j’ai remarqué que la prairie est très bien implantée, propre et n’a pas nécessité de désherbage. Je pense partir désormais sur des semis de printemps. À l’automne, on sème et s’il fait sec, ça ne lève pas et quand ça lève, on ne peut plus désherber. Avec le semis de printemps, la pousse est rapide, le rendement en première coupe est au rendez-vous et la prairie s’implante tranquillement derrière. »

Denis Buan lors du débat Denis Buan (à gauche) lors du débat Les éleveurs parlent aux éleveurs organisé par FRGeda Bretagne le 16 septembre 2021 au Space. (©FRGeda)

Pour s’adapter aux évolutions du climat, les échanges avec le groupe Ceta sont primordiaux pour lui. « Ça pousse à aller plus loin. On échange sur les variétés, nos techniques, nos résultats, on se donne des conseils. Le groupe, c’est stimulant car il faut toujours argumenter nos choix ».

Continuer à développer la luzerne, tester à nouveau le sorgho, poursuivre les échanges avec d’autres agriculteurs, voilà les perspectives de Denis pour les années à venir. S’adapter sans tout révolutionner, c’est finalement sa philosophie pour faire face aux changements du climat.